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Voyage au centre de tri

Visite d'un centre de tri

Nous sommes nombreux à nous poser des questions sur les gestes de tri, ainsi que sur les aventures de nos petits déchets une fois refermé le couvercle de notre poubelle. J’ai décidé de transformer une partie de ces incertitudes en réponses, en allant visiter un centre de tri. La visite fut très instructive! Le centre de tri de Rillieux, tenu par Veolia, organise régulièrement des visites, alors n’hésitez pas à demander d’y participer! La dame qui s’en occupe  est très claire et répond avec précision à toutes les questions.

La visite commence par une présentation de l’entreprise: Veolia est une entreprise privée, prestataire pour la métropole de Lyon. C’est-à-dire qu’elle n’achète pas la matière qu’elle reçoit, mais facture une prestation de tri, calculée au tonnage, au grand Lyon, qui vend ensuite les différents matériaux recyclables à des entreprises spécialisées. J’ai découvert une chose étonnante: les centres de tri répondent à des appels d’offre de la métropole, tous les 3 ou 5 ans (je ne suis plus sûre), et remportent ou non un marché public. En d’autres termes, un centre de tri peut fermer du jour au lendemain si la métropole choisit de donner le marché à une nouvelle entreprise. Et aussi bizarre que cela puisse paraître, tous les investissements matériels (machines, locaux etc) sont alors perdus…

A Lyon, nos déchets recyclables partent vers deux centres: Rillieux (Véolia) et Saint Fons (Nicollin). Il est impératif qu’il y ait deux centres différents, au cas où l’un des deux tomberait en panne.  En 2015, Veolia a reçu 63000 tonnes de déchets, dont un gros 42000 du grand Lyon, et un gros 20000 du Sictom de la Bièvre, du côté de Péage de Roussillon conjoint au Sictom et le Sitom Sud-Rhône (Brignais etc).

Ensuite, nous faisons un point sur le tri: que mettre ou ne pas mettre dans sa poubelle?

  • Tout d’abord, il faut éviter les petits objets: ne pas déchirer le papier en petits bouts, ne pas séparer les bouchons de bouteilles de leurs bouteilles (cela évite de salir le reste des déchets avec le fond de la bouteille, et de perdre le bouchon. En effet, les petits objets sont difficiles à trier et souvent perdus.
  • Attention à la forme que nous donnons aux objets jetés dans le bac jaune: par exemple, il faut éviter de compacter les bouteilles, car le tri mécanique les associe alors à des feuilles de papier. Les camions poubelle compactent déjà les déchets, un seul compactage suffit donc. De même, éviter de faire des boules de papier, car le trieur mécanique fait monter les éléments plats et légers (papiers) et descendre les objets qui roulent (bouteilles, flacons, boîtes en alu…)

visite d'un centre de tri

  • Pour le tri du plastique, je suis tombée des nues, car je cherchais méthodiquement le petit triangle avec un numéro dedans pour savoir si l’objet était recyclable, et en fait il ne faut pas trier en fonction de ce critère! Il faut s’en tenir à la consigne du Grand Lyon qui est de ne jeter dans le bac jaune que tout ce qui ressemble à une bouteille ou à un flacon, en plastique opaque ou transparent, coloré ou non. Un point c’est tout! Et ce, même si la bouteille a contenu de l’huile. Je pense que ces règles sont différentes en fonction de chaque commune.
  • Comment savoir si un papier ou un carton paraissant plastifié est recyclable? Tout ce qui se déchire est recyclable. Du coup, un classeur, même s’il paraît cartonné, est rarement recyclable, d’autant plus qu’il contient de la ferraille! Vous pouvez jeter au tri les cahiers, les agrafes n’empêchent pas le recyclage. Par contre attention aux cahiers à spirale: il faut arracher les feuilles et jeter la spirale dans la poubelle grise (bref, n’achetez plus de cahier à spirale quoi). Pour les enveloppes avec des fenêtres plastifiées, si vous avez le courage vous pouvez retirer la fenêtre, mais sinon l’enveloppe sera quand même envoyée à une entreprise qui produit du papier de moindre qualité. De la même façon, il n’est pas dramatique qu’il reste des morceaux de scotch sur vos feuilles.
  • Vous pouvez mettre au tri une boîte de pizza avec une tâche d’huile, ou un autre emballage métallique sale, du moment qu’il ne s’agit que de matières grasses, pas de restes d’aliments. Pensez donc à racler le fromage qui est resté collé sur le fond de votre boîte!

visite d'un centre de tri

  • Les aérosols sont recyclables, mais il faut veiller à ce qu’ils soient complètement vides, sinon ils peuvent provoquer des départs de feu dans le centre de tri… (Entre nous, le mieux est surtout de dire bye bye aux aérosols). Attention, les bombes de peinture ne se recyclent pas! Mieux vaut les apporter à la déchetterie pour qu’elles soient traitées.
  • Ne METTEZ PAS DE VERRE dans la poubelle jaune! Je sais que parfois on a la flemme d’aller jusqu’à la benne à verre avec le poids de la beuverie de la veille, mais si vous visitez un centre de tri et que vous constatez à quel point le travail que font ces gens est dur, vous aurez honte de leur avoir compliqué la tâche.

Apparemment, il est complètement hallucinant de constater chaque jour ce que les gens mettent dans leur poubelle jaune: couches de bébés, micro-ondes, trottinettes, produits dangereux, animaux vivants ou morts, et même des seringues! Tout y passe, et rend la vie plus difficile aux 70 employés de ce centre, à qui il arrive d’être blessés par des seringues ou de recevoir des projections de produits dangereux dans les yeux… Beaucoup portent des masques pour se protéger des odeurs (imaginez, travailler 7 heures avec un masque!), et l’équipe dirigeante se pose la question de rendre obligatoire le port de lunettes protectrices. Les employés doivent porter deux paires de gants superposées, et travailler en manches longues, été comme hiver. Hé oui, on se rend vite compte que le recyclage, ce n’est pas le pays des bisounours! Sur 10 personnes qui entrent, seule une reste, tant les conditions physiques et psychologiques sont difficiles: d’une part, effectuer 1800 gestes à l’heure debout à côté d’un tapis roulant provoque des douleurs dans le dos (ils ont essayé de travailler assis, mais c’était encore pire), d’autre part les odeurs (insoutenables en été) et les objets parfois répugnants qu’ils reçoivent ne les aident pas à se sentir respectés, et enfin il n’est pas très valorisant de trie tous les jours les poubelles des gens.

visite d'un centre de tri

La pression est importante: les camions viennent se vider les uns après les autres, et il faut adapter la cadence, ne pas prendre de retard. Le manège incessant des bennes qui se vident doit produire un sentiment de vide et d’absurdité: ça ne s’arrête jamais! Et les employés doivent d’ailleurs faire attention à leurs sensations de tournis, car le tapis roulant sur lequel ils travaillent, chargé d’objets, avance très vite.

Je vais peut-être paraître choquante, mais j’ai moi-même été choquée de constater que dans cette entreprise l’équipe ne comportait pas un blanc. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser qu’on continuait à filer aux noirs le sale boulot, et je ne suis d’ailleurs par la seule à m’être fait cette réflexion pendant la visite… Notre société, que nous croyons si libertaire et égalitaire, si progressiste, s’appuie sur un système qui repose lui-même sur une version moderne de l’esclavage (renseignez-vous sur nos téléphones, nos ordinateurs, nos bananes, nos runnings, nos t-shirts, notre poisson). Et ce n’est pas parce qu’une personne est payée aux tarifs réglementaires ou qu’elle a la nationalité française qu’elle ne subit pas une forme d’esclavage. Certes, ces personnes sont françaises autant que moi, mais je ne pense pas qu’elles habitent dans le même genre de quartier ou d’immeuble que moi, ni qu’elles puissent accéder à des domaines professionnels aussi gratifiants que ceux auxquels j’ai la chance de prétendre. Si je ne suis pas prête à faire leur travail, bref à assumer mes déchets, alors le mieux est encore de ne pas en produire… Dans un premier temps, commençons par faire attention à nos gestes de tri, par respect pour eux, mais réfléchissons-y aussi plus en profondeur. Rassurons-nous, il y aura toujours du travail, et potentiellement plus gratifiant grâce à la transition écologique (c’est cool de faire du compost, la preuve c’est qu’il y a de plus en plus de gens qui participent bénévolement à des jardins partagés pour le plaisir!)

Pendant les visites pédagogiques organisées avec les écoles, est utilisée une image frappante pour faire prendre conscience aux enfants de la quantité de déchets que nous produisons chaque année. 883 millions de tonnes de déchets, c’est comme remplir un train dont la locomotive serait à Pékin, et le dernier wagon à Lyon. « C’est la chenille qui redémaa-rreuh ».

visite d'un centre de tri

50% de nos déchets sont des emballages ménagers. Autant dire que nous gagnerions déjà beaucoup en volume si nous compostions toute la matière organique! La question qui s’est donc posée pendant la visite est: faut-il supprimer tous ces emballages? C’est là que j’ai bien ri: nous avons été mené à une mise en scène de coffre de voiture, contenant des aliments en plastique: fruits et légumes, poulet rôti, fromage, le tout en vrac dans le coffre, avec également une flaque de lait (en plastique) au pied du coffre. Tout cela pour illustrer que nous avons malgré tout besoin d’emballages, même s’il faut éviter les sur-emballages (madeleines emballées à l’unité etc). Je me suis donc permis de suggérer qu’il serait également possible d’expliquer aux enfants que le plastique jetable n’est pas la seule forme d’emballage que l’on peut utiliser pour faire ses courses, et que ça marche très bien avec des sachets en tissu et des tupperwares. J’espère que l’on finira par arriver à des démarches pédagogiques plus complètes dans ce domaine, parce que ce sont beaucoup des enfants d’aujourd’hui que dépend le monde de demain. Il faudrait que les adultes arrivent à ne pas leur bourrer le crâne avec leurs propres conceptions du monde, qui ne sont pas des conceptions d’avenir…

Pour les aspects plus concrets et techniques du tri, celui-ci est partagé entre tri mécanique et tri à la main. Le tri mécanique a beaucoup amélioré les conditions de travail des employés, les faisant passer de 4000 à 1800 gestes à l’heure, ce qui reste encore très fatiguant. Les déchets sont récupérés dans le hangar de déversement par une pelleteuse, qui les verse sur un tapis roulant. Là, des employés dégrossissent le tri et retirent comme ils le peuvent toutes les erreurs de tri, c’est-à-dire les objets qui n’auraient pas dû être mis dans la poubelle jaune. A ce stade, ils se focalisent sur trois éléments principaux: les encombrants (électroménager etc), qui risquent d’endommager les machines, les sacs plastiques, qui sont sinon confondus par les machines avec la papier, et les tissus à base de fibres synthétiques, confondues par les machines avec le plastique. Les déchets passent dans le trommel, une sorte de gros tambour de machine à laver avec des trous, qui sépare les gros objets des petits.

visite d'un centre de tri

Ensuite, les déchets partent sur une sorte de tapis roulant qui monte, composé de plein de cylindres recouverts de caoutchouc et qui tournent très vite, pour faire sauter les éléments plats et légers jusqu’au sommet (papier et carton) et faire descendre les éléments creux et ronds en bas (briques alimentaires, bouteilles et flacons plastiques, et boîtes de conserve et bouteilles en alu, emballages creux contenant de l’acier). Un cylindre aimanté sert ensuite à attraper les objets qui contiennent de l’acier.

Le plastique, les briques alimentaires et l’alu, après cette étape, passent à travers un trieur optique, qui arrive à trier les matériaux en fonction de leur composition, et en fonction l’envoie dans des conduits différents. Derrière ce trieur optique se trouvent des employés qui compensent les erreurs de la machine. J’en profite pour faire un petit point sur le plastique: il existe en France plus de 117 types différents de plastiques. A Lyon, seuls trois types sont recyclés. En fonction des communes, les expérimentations sont plus ou moins poussées pour augmenter le nombre de matières plastiques recyclées.

Les emballages en aluminium sont quant à eux identifiés séparément par une technologie appelée « courant de Foucault ».

Quant au papier, il est séparé manuellement du carton. Il représente 40% du volume des déchets triés, et requiert donc une main d’œuvre importante. J’ai passé un séjour en Suisse il y a deux ans, et j’avais été impressionnée de constater qu’il avaient 5 poubelles différentes: papier, alu, carton, et deux différentes pour le plastique je crois. Ce tri à la base présente l’intérêt de dégrossir de façon importante le travail de tri manuel. En France, les consignes sont disparates en fonction des régions. Par exemple, dans certaines communes d’Isère on trie séparément le papier et le plastique.

Carton, briques alimentaires, emballages métalliques, papier et plastique finissent dans des compacteurs différents, qui les transforment en « balles » (gros cubes de matière) pour les envoyer ensuite aux différentes entreprises de recyclage. Ces balles contiennent toujours une petite partie d’éléments intrus, qui ne doivent pas dépasser les 3%. Quant aux erreurs de tri, elles constituent un lot appelé « refus de tri », dont sont extraits les éléments dangereux pour être retraités par des unités spécialisées. Les balles de refus de tri non dangereuses issues des déchets du Grand Lyon sont toutes envoyées à l’incinérateur, joliment appelé « centre de valorisation énergétique », mais celles de Miribel sont enterrées à Bourgoin-Jallieu.

Prochaines étapes de ma petite enquête: les centres de recyclage! Et j’espère pouvoir également pénétrer les arcanes d’un incinérateur, d’une déchetterie et d’une décharge. TROP FUN!

Bref, comme on le voit ces questions sont compliquées, et on se fait beaucoup moins de noeuds au cerveau si au lieu de se gratter la tête face à sa poubelle jaune on décide plutôt de ne pas du tout produire de déchets! Comme on dit, le meilleur déchet est celui que l’on ne produit pas 😉

Si vous souhaitez en savoir un peu plus sur la signification des différents logos figurant sur les emballages, vous pouvez consulter le site d’acev-environnement, ou l’intéressant article de Luizatti!

J’espère que cet article vous sera utile! Et vous, quelles questions vous posiez-vous sur le tri?

2 Comments

  • Reply Delphine 17 avril 2016 at 12 h 00 min

    Effectivement, je trouve votre commentaire choquant. j’ai moi même travailler dans des usines de banane, de cartons, de mise en bouteille de vin, ect…j’ai également été femme de ménage. A aucun moment je ne me suis senti esclave de qui que ce soit! Je ne pouvais pas prétendre a d’autres métiers, ne parlant pas la langue du pays et n’ayant pas un niveau d’étude suffisant . J’étais simplement heureuse d’avoir un travail qui me permettait d’avoir un toit sur la tête et a manger dans mon assiette, ce qui n’est pas le cas de beaucoup d’autres personnes. Le plus dur lorsque l’on fait ce genre de travail, c’est le regard des autres, car pour les autres, ce sont des métiers ingrats non digne d’eux! Souvent lorsque je disais en soirée ce que je faisais comme métier, les gens ne me parlaient plus.Je travaillais a l’usine alors je n’étais plus digne d’intérêt. C’est cette mentalité là qu’il faut changer, et certainement pas la couleur de peau des personnes qui travaillent dans ces lieux. Aujourd’hui, grâce a tout ces différents travail, j’ai pu reprendre des études et je suis infirmière (beaucoup plus honorable pour les gens). Et je peux vous assurer que je n’éprouve aucune pitié pour les gens qui travaillent dans des usines, ou dans des centres de tri, ou dans n’importe quel autre métier jugés ingrats par la société!! Je suis contente pour eux, contente qu’ils aient un travail.

    • Reply abracada-vrac 17 avril 2016 at 15 h 15 min

      Bonjour Delphine,

      Merci beaucoup d’enrichir cette réflexion en nous faisant partager votre expérience et votre point de vue. Effectivement, le travail, quel qu’il soit, peut souvent être l’occasion d’affermir sa dignité en tant qu’Homme, en nous donnant la fierté de nous en sortir par nous-mêmes. Vous avez raison, il vaut beaucoup mieux avoir un travail pénible que ne pas en avoir du tout!! D’ailleurs, ce que vous dites sur la vision de ces métiers par la société est très vrai, puisque comme je le dis dans l’article le regard des autres fait partie des épreuves que vivent les employés de ce centre de tri. Je ne voudrais pas que vous vous mépreniez sur le sens de ma réflexion. D’une part, j’ai aussi eu des jobs difficiles où je souffrais du regard des autres, je comprends donc très bien ce que vous expliquez à ce sujet. D’autre part, je ne me suis jamais permis de juger quelqu’un en fonction de son travail, et j’aurais d’ailleurs plutôt tendance à admirer le courage et la détermination d’une personne qui a un métier difficile. Ce n’est pas notre métier qui nous confère notre dignité, c’est la posture que l’on adopte face à la vie, et la vôtre en est la preuve. Je ne ressens donc aucune pitié envers les personnes dont je parle, car le fond de mon propos est justement de dire que nul être n’est supérieur à un autre dans ce monde, mais que le système ne reflète pas forcément cette vérité. Ce que je ressens est de la compassion, et ce sentiment est complètement différent, il est celui d’un frère pour son frère. Et je ne juge pas ingrat ce travail par moi-même, je ne fais que répéter ce qui nous a été expliqué par les employés!

      Le fait est que dans cette entreprise, seule une personne sur dix parvient à rester. Cette personne doit être celle qui comme vous, n’a pas eu d’autre choix que de rester, ne pouvant pas prétendre à un autre poste. Et dans ma façon de voir les choses, si on reste là où personne ne veut rester faute de choix, on n’est pas vraiment libre. L’esclavage, je le définis comme le fait de profiter de la situation de quelqu’un qui ne peut pas faire autrement pour lui assigner des tâches que l’on ne voudrait effectuer soi-même pour rien au monde. C’est en cela qu’à mon sens la transition écologique a son rôle à jouer en remplaçant certaines tâches ingrates par des solutions professionnellement plus gratifiantes. Faire du compost, ça rend de bonne humeur et cela jouit d’une image sociale qui s’améliore de jour en jour (le compost n’est qu’un exemple). J’ai déjà fait des ménages, du travail à la chaîne ou rempli des missions d’accueil dans des conditions sexistes et dégradantes, mais je n’accepterais jamais de mettre les mains toute la journée dans les déchets des autres, de respirer leur poussière et de me blesser avec leurs détritus. C’est pourquoi j’ai honte de participer à ce que vivent ces personnes au quotidien (même si je fais attention à ce que je mets dans ma poubelle!).

      Votre remarque concernant la réaction de désintérêt des gens lorsque vous leur disiez que vous travailliez à l’usine est d’ailleurs très révélatrice de cet enfermement où sont placés les travailleurs des coulisses de notre société de consommation: c’est justement ce regard supérieur de jugement qui est esclavagiste! Ces mêmes personnes qui sont bien contentes d’acheter les bananes que vous avez emballées, ou de s’asseoir sur des toilettes propres, vous estiment inférieures et indignes de leur estime pour la raison paradoxale que vous leur avez rendu service! Ils vous prennent pour leur boniche quoi… Le capitalisme, qui appelle une spécialisation toujours plus poussée des métiers pour une meilleure productivité, sectionne d’autant plus profondément la société au travers de ce que l’on appelle les « classes socio-professionnelles ». Et cela représente pour moi de l’esclavage moderne. Plus votre métier est pénible, plus la gratitude de la société à votre égard devrait se matérialiser par un salaire élevé, et c’est loin d’être le cas. Les personnes qui effectuent les tâches les plus difficiles sont souvent celles qui n’ont pas le choix et ne touchent pas grand chose pour ce qu’elles font. Quant à ce qui se passe en dehors de France, comme par exemple dans certaines exploitations bio intensives des Pouilles en Italie, ou encore en Espagne, il s’agit purement et simplement d’esclavage à l’ancienne, trouvant sa cause dans nos modes de consommation à bas prix.

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