Désintox

Végan or not végan? #2

vegan or not vegan

Après une première partie, « Vegan or not vegan #1 » qui explorait cette question sous l’angle de la souffrance animale, aujourd’hui comme promis j’aborde celui de l’écologie.

C’est à mes yeux la partie facile, car contrairement à la souffrance animale et à la santé qui sont, pour diverses raisons, souvent peu reconnues comme arguments valables, peu de personnes contestent l’impact catastrophique de l’élevage intensif sur l’environnement.

Cet article consistera à vous faire découvrir, si vous ne les connaissez pas, certaines réalités. Je parlerai surtout de la viande car il s’agit du produit le plus impactant sur le plan environnemental, mais tout ce qui est dit pour la viande est valable également pour les autres produits animaux issus de l’élevage intensif. Toutefois j’aborderai également en fin d’article la question de la pêche et de l’aquaculture.

Jusqu’à maintenant, nous autres Occidentaux étions les seuls à consommer autant de viande. Les pays en développement, en particulier l’Asie, augmentent progressivement leur consommation. Le problème, c’est que si l’on regarde la courbe de croissance de la population mondiale et qu’on la compare à celle de production de viande pour nourrir tout ce beau monde, on se rend vite compte que d’ici quelques années, la planète ne pourra pas produire suffisamment de nourriture pour alimenter autant  d’habitants carnivores.

Pourquoi la viande est-elle en cause dans cette histoire?

  • d’abord parce que pour produire 1kg de viande il faut avoir produit 7 à 12kg de céréales,
  • d’autre part parce que les pâturages et les champs de céréales destinés à l’alimentation animale sont en grande part responsables de la déforestation et contribuent donc à la disparition de la biodiversité,
  • ensuite parce que la production de viande est extrêmement consommatrice en eau, pour la viande elle-même mais aussi à cause de la quantité de céréales qu’il a fallu produire en amont,
  • enfin parce que l’élevage intensif pollue énormément l’air à cause des gaz émis par les animaux, et l’eau à cause des excréments et produits chimiques utilisés pour la production de céréales et pour l’élevage.

Voici plus de détails dans cette très bonne vidéo réalisée par Le Monde:

Faut-il donc complètement arrêter de manger de la viande?

Cela paraît être la solution idéale. Toutefois, tout le monde n’est pas prêt à le faire. De plus, si l’on veut relocaliser totalement l’économie pour diminuer les gaz à effets de serre liés à la mondialisation, se contenter de ce que l’on a sur place, en fonction des régions, peut impliquer de manger de la viande pour maintenir ses apports nutritionnels. Le débat sur la question interviendra dans l’article suivant sur la viande et la santé.

Quoi qu’il en soit, nous ne pouvons objectivement persister dans la même consommation de viande que celle que nous avons actuellement, tant quantitativement que qualitativement.

Au niveau quantitatif, et ce n’est pas un ordre mais un constat objectif, il nous faut réduire drastiquement notre consommation hebdomadaire. Les progrès seraient déjà énormes si tout le monde ne consommait de la viande qu’une fois par semaine! Et l’économie, me direz-vous, cette pauvre sacro-sainte économie, tous ces pauvres éleveurs intensifs qui perdraient leur travail? J’en viens donc au deuxième point, parce que la seule solution est de faire tomber l’élevage intensif.

Au niveau qualitatif, il est de notre devoir de citoyen de choisir avec soin la viande que nous achetons: stop aux supermarchés et stop à l’élevage intensif, dont peuvent aussi être issus les produits que vous achetez chez votre boucher! Les effets de l’élevage intensif sont évoqués dans la vidéo ci-dessus, mais également détaillés, si cela vous intéresse, dans le livre Toxic de William Reymond. Notamment, les excréments des animaux sont beaucoup plus problématiques que l’on pense. La vache, par exemple, produit 30kg d’excréments par jour. Multipliez la quantité d’excréments par les millions d’animaux élevés dans le monde et vous aurez une idée de l’ampleur du phénomène… Sur des fermes à taille humaine, ces déjections servent d’engrais. Mais les exploitations intensives, quant à elles, n’offrent pas de surface d’épandage proportionnelle à la production d’excréments… Pour y remédier, les exploitants creusent successivement des fosses absolument gigantesques qu’ils remplissent et bouchent. Le contenu de ces fosses macère et produit des éléments hautement toxiques, comme par exemple le monoxyde de carbone, le cyanure ou l’ammoniaque, et des agents bactériologiques tels que la salmonelle. Un seul gramme de ce liquide s’introduisant dans les circuits d’eau potable pourrait transmettre le choléra à la population. Quand on dit que nous sommes assis sur une poudrière, vous commencez à y croire?

En 1990, la Californie a connu un ouragan à cause duquel 500 millions de litres de ce liquide se sont déversés dans les rivières. Quinze ans après, celles-ci sont encore vidées de leurs poissons et impropres tant à la consommation qu’à la baignade. Tout comme le nucléaire, l’élevage intensif est une bombe à retardement, dont les déchets d’aujourd’hui rejailliront sur les générations de demain.

Je vous encourage donc de tout cœur, si vous souhaitez continuer à manger de la viande, à vous approvisionner auprès d’un éleveur extensif local. D’une part, si ses bêtes broutent dans les champs et boivent de l’eau de pluie, cela réduit l’impact en termes de production de céréales et de ressources en eau, et d’autre part, en extensif les excréments sont mieux gérés. Par ailleurs, le transport et donc les gaz à effet de serre sont réduits si la bête est élevée près de chez vous. Nous sommes responsables des modes de production intensifs, car nous consommons actuellement de trop grandes quantités de viande pour que les exploitations locales extensives puissent y répondre: diminuons!

Je reviens rapidement sur la chasse, qui du point de vue de l’écologie me paraît plus raisonnable: sans élevage, tous les problèmes écologiques qui y sont liés disparaissent. Toutefois, c’est ici la question de la quantité qui devient vraiment importante, pour préserver la biodiversité des forêts. Si l’on reforestait, repeuplait les forêts et chassait de façon très raisonnée, cette solution pourrait peut-être se révéler durable. Mais bon, il est difficile d’imaginer une société où tous les hommes partiraient à la chasse le week-end pour assurer la subsistance de leur famille^^

Est-il plus écologique d’être végan?

Si l’on s’attache aux données brutes chiffrées, cela ne fait aucun doute. Manger des bananes, même produites à l’autre bout du monde, produit moins de gaz à effet de serre qu’un kg de viande locale. Néanmoins, la question demeure en suspens dans la mesure où un animal peut s’intégrer dans une ferme dont la production est diversifiée et respecte un certain équilibre naturel, alors que notre forte consommation de céréales, fruits et légumes entretient pour l’instant un système de monoculture intensive (même en bio) complètement destructeur pour les sols et les forêts. Eh oui, en intensif il faut pouvoir faire passer des tracteurs, donc on ne peut faire autrement que de cultiver des grands champs homogènes. Et là, je ne vous parle même pas de l’agriculture non bio. Sur ce sujet, vous pouvez visionner ce reportage de Cash Investigation, qui parle des deux types d’agriculture et de ce qu’ils ont en commun: les travers de l’intensif. Comme je l’ai dit dans l’article précédent, je trouve également que le véganisme radical a pour défaut de pousser les gens à consommer coûte que coûte des produits alternatifs au produits animaux, quitte à les faire venir de l’autre bout du monde, ce qui a d’importantes répercussions sur l’environnement: cf mon article sur le transport maritime.

Qu’on ne s’y méprenne pas: le bio ne peut pas être pire que le conventionnel. Il ne faut pas faire de l’agriculture bio telle qu’elle existe aujourd’hui une idéologie, il faut en corriger les défauts, mais elle reste sans conteste moins nocive que l’agriculture conventionnelle.

Donc, sur le plan écologique l’idéal serait à mes yeux une consommation au maximum relocalisée, et alimentée par des fermes à taille humaine extensives et en polyculture. Et non, nous n’avons pas actuellement ce qu’il faut en exploitations de ce type pour nourrir toute la France, mais vu le nombre de jeunes qui retournent à la paysannerie, qui dit que demain nous ne l’aurons pas?

Le poisson

Comme on m’a demandé de parler du poisson dans les commentaires de l’article précédent, je vous propose maintenant un coup d’œil sur les impacts environnementaux de la pêche et de l’élevage.

Côté pêche, vous vous en doutez déjà sûrement, la situation est assez dramatique. La vie dans les océans est menacée de tous côtés: notre consommation de poisson est en hausse constante, alors même que les espèces meurent les unes après les autres à cause de la pollution et du bouleversement des écosystèmes marins. Une étude de 2006 réalisée par Boris Worm et une équipe de scientifiques a estimé qu’en conservant le même modèle de consommation de poissons issus de la pêche il n’y aurait plus rien à pêcher dans les océans en 2048. Une composante essentielle de la pêche durable est la préservation de la diversité des espèces, or nous mangeons toujours les mêmes espèces. Par ailleurs, même si la réglementation tente de réguler les choses, la pêche avec des filets engendre le prélèvement de nombreuses espèces qui ne sont même pas destinées à la consommation et meurent bêtement.

L’aquaculture, qui semblerait constituer une bonne alternative à la surpêche, présente elle-même des inconvénients non négligeables. Tout d’abord, elle ne fait que déplacer le problème de la surpêche: là où la surpêche met en péril les gros poissons, les plus consommés, l’aquaculture représente un danger pour les petits poissons, qui sont pêchés pour nourrir les gros poissons dans les élevages. Il faut plusieurs kilos de petits poissons pour produire 1kg de gros poisson. Pour réduire les coûts de production, les éleveurs européens importent des poissons pêchés à l’autre bout du monde et augmentent donc l’impact carbone des poissons élevés. En outre, l’aquaculture représente également un danger pour la biodiversité dans la mesure où les lieux marins transformés en aquacultures bouleversent les écosystèmes locaux. Sans compter que les différents produits utilisés pour l’élevage (antibiotiques, antiparasites…) se répandent dans les milieux marins et causent une pollution importante ainsi qu’une résistance croissante des parasites.

La traçabilité s’avérant encore plus compliquée que pour la viande, force est d’accepter que la seule solution est de faire attention aux quantités de produits marins que nous consommons. Une petite séance de pêche à la ligne de temps en temps, si l’on a le permis et que l’on fait les choses correctement, devrait permettre de se faire plaisir dans impacter trop gravement les écosystèmes. Encore faut-il que le poisson pêché allie santé à plaisir, ce qui, comme vous le verrez dans le troisième article dédié au sujet, est loin d’être évident…

J’ai remarqué que la quasi totalité des mots surlignés dans cet article étaient complètement anti-glamour. J’en suis désolée, cela n’était pas volontaire mais je pense que c’est tout simplement dû au fait que l’élevage intensif n’est pas du tout glamour, et que nos modes de consommation actuels non plus, du coup^^

Je serais contente de connaître votre opinion et vos réactions sur le sujet que j’ai abordé ici, n’hésitez pas à les partager dans les commentaires ci-dessous 🙂

3 Comments

  • Reply Ju' 18 juillet 2016 at 18 h 07 min

    Très intéressant ce second article. Et je suis tout à fait d’accord avec toi… ^^
    Je fais très attention à ce que je consomme, et bien évidemment à comment cela a été produit! Du coup, je crois que le mieux en effet est de trouver à se fournir un maximum auprès de chez soi…je vais à Biocoop pour tout ce qui est exotique, mais je me sers en légume essentiellement dans les magasins de producteurs!
    Je crois qu’il est important de consommer bio, mais également de consommer local et bio, c’est difficile j’en ai conscience car les producteurs ne sont pas toujours transparents.

  • Reply Tim 31 août 2016 at 14 h 59 min

    Bonjour j’ai lu les deux premiers articles et vous rejoint sur certains points, la solution est pour moi dans le consommons mieux, local, responsable et surtout réfléchissons à nos actes d’achat. Voici ce que j’ai pu écrire suite à un sujet traité par Kaizen mais qui n’a pas été affiché :
    Depuis quelques temps je vois de plus en plus d’appel au véganisme et vois des reportages qui y sont consacrés. Cependant je m’interroge. En effet votre article est plutôt bien fait et ne culpabilise pas trop « l’omnivore » mais d’autres sont beaucoup moins ouverts. Conscient depuis maintenant quelques temps également de l’impact de chacun sur notre environnement, j’essaye à mon niveau de réduire mes déchets, limiter ma consommation de viande, de poisson, de connaître l’origine des produits que j’achète, de privilégier les déplacements « doux », le local, bref d’être dans une démarche globale de réduction d’impact. Or dans de nombreuses publications pro végan, on voit trop souvent de contradiction. Par exemple (et c’est le cas dans les recettes que vous proposez) j’ai l’impression que le végan (sans généraliser) cherche un substitut à chaque chose qu’il ne peut plus manger (de par le dogme zéro souffrance animal). Ainsi il va chercher à faire du faux fromage, du faux steack, de la fausse charcuterie et c’est cela qui me dérange. Pourquoi ne pas réinventer un vocabulaire et assumer pleinement d’être végan sans forcément se raccrocher à ce que l’on ne peut plus ingurgiter ? Autre exemple (vu dans un reportage télévisé) des végans prônent leur façon de manger et vantent le côté défense de l’environnement de leur mode d’alimentation, mais à y regarder de plus près, mangent justement du faux fromage à base de noix de cajou importées d’on ne sait où, de la fausse viande sur-emballée et produite à l’autre bout du monde ou encore se rendent à leur épicerie « bio » en voiture tout en étant citadins et s’habillent avec des vêtements issus du pétrole. Je ne suis ni « pro » ni « anti » quoi que ce soit mais je trouve que parfois ce mouvement manque de logique. Il ne faut pas oublier non plus que l’élevage (alors c’est sûr pas la ferme des milles vaches) au sens noble, permet de conserver les paysages et bien d’autres choses. Je ne pense pas non plus, qu’un poulailler en plein air pour consommer des œufs, représente une souffrance pour les poules ou que de consommer du miel issus d’un rucher bien géré (où l’apiculteur prend soin de conserver du miel pour garder son essaim en vie et place ses abeilles dans des endroits exempts de produits phytosanitaires, ce qui est dans son intérêt à mon sens) ne représente pas non plus une souffrance pour l’abeille. Je suis d’accord, la surconsommation de protéines animales est probablement nocive pour la santé, mais il ne faut pas oublier que sa consommation « modérée » est ESSENTIELLE à notre santé. Je suis également d’accord avec vous sur le fait de remettre en question les conseils serinés depuis des lustres du début de votre article, mais pour moi il faut d’avantage s’intéresser à l’origine de ce que nous consommons plutôt que de bannir tel ou tel type de produit. Pour conclure, je préfère appliquer la maxime « il faut consommer de tout avec modération y compris la modération ».
    Bonne journée

    • Reply abracada-vrac 5 septembre 2016 at 15 h 01 min

      Tout à fait d’accord! A ceci près que la modération ne me paraît pas dangereuse 😉

    Leave a Reply