Désintox

Mais au fait, le zéro déchet: Késako??

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« Zéro déchet » est une expression qui nous vient originellement du monde industriel, mais qui a été étendu aux sphères publique et domestique, notamment à l’instigation de Bea Johnson et du CNIID, devenu depuis quelques années l’association « Zero Waste France ».

Ce slogan radical, parle de lui-même : le but est de parvenir à un mode de vie qui ne soit plus source de déchets.

 

Mais pourquoi tout ce tintouin autour des déchets ??

Cette attention croissante portée sur les déchets vient rejoindre sur le podium des préoccupations environnementales celle que l’on accorde depuis déjà longtemps aux émissions de gaz à effets de serre. Cela s’explique tout naturellement par la place qu’occupe le déchet dans notre quotidien : nous le fréquentons tout au long de nos journées, à travers le mouchoir que l’on jette, le gobelet du distributeur de café qui ne sert qu’une fois, les emballages dont nous remplissons nos poubelles au retour des courses, les poubelles que nous descendons parfois plusieurs fois par semaine, les canettes et autres papiers dont nous nous révoltons de voir le sol jonché au détour d’un sentier de forêt… Tout comme certains poissons suivent à la trace les requins dont ils sont les compagnons fidèles, il semblerait que les déchets nous accompagnent immanquablement dans tous les aspects de notre vie et représentent la condition d’un quotidien pratique et confortable. Toutefois, la faible valeur esthétique et olfactive de ces encombrants compagnons de route a fini par semer le doute dans nos esprits embués : les déchets sont-ils vraiment nos amis pour la vie ?

Lorsque l’on tape « déchets » sur google images, ce n’est pas la première impression qui nous vient.

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Que deviennent nos déchets une fois qu’ils ont disparu dans notre poubelle ?

Le couvercle de la poubelle est souvent aussi celui de notre conscience : quand on le referme sur le déchet que l’on vient de jeter, il disparaît à jamais du champ de nos préoccupations. Pourtant, il ne disparaît pas de notre planète, qui porte pourtant nos vies ! Que deviennent donc nos déchets ?

Dans le meilleur des cas, une petite partie est recyclée. Mais la meilleure solution qui existe aujourd’hui, qui suffit globalement à nous tranquilliser lorsque nous remplissons nos poubelles jaunes, comporte elle-même des désavantages : d’une part, le recyclage est consommateur d’énergie et produit donc lui-même des gaz à effet de serre, bien que ces derniers soient nettement inférieurs à ceux qui résultent de la fabrication de matériaux neufs à partir de pétrole. D’autre part, la plupart des matériaux ne peuvent être recyclés qu’une seule fois. Reçucler pour mieux sauter ?

Ensuite, les déchets recyclables mal triés ou non recyclables sont incinérés. L’incinération est source de gaz toxiques qui contribuent à la pollution de l’atmosphère, et de résidus toxiques. Ces éléments sont détaillés dans mon article «Comment composter ». La bonne nouvelle, c’est qu’en compostant nos déchets organiques, nous pourrions supprimer facilement 30% du volume des déchets qui partent à l’incinérateur. Si le sujet vous intéresse, vous pouvez regarder le documentaire « Trashed » de Candida Brady.

Enfin, si les infrastructures de traitement des déchets sont insuffisantes, nos poubelles finissent à la décharge. J’en profite pour faire un petit point sur la différence entre décharge et déchetterie : une déchetterie est un endroit où l’on trie les matériaux, pour les réutiliser ou les recycler, alors qu’une décharge est un trou dans lequel on enterre indistinctement les déchets. Évidemment, certains bacs de la déchetterie finissent tout droit à la décharge, comme par exemple le bac « encombrants ». Il existe en France encore environ 250 décharges en exploitation à ciel ouvert. Le problème de ces décharges, c’est que les déchets fermentent et produisent du méthane, qui pollue 21 fois plus que le CO2 (source : Ademe) ! La fermentation produit également des liquides résiduels toxiques, qui s’infiltrent dans le sol et rejoignent les nappes phréatiques. Sur ce sujet, voir le film « SuperTrash », tourné durant deux ans dans une décharge de la Côte d’Azur. Je peux vous garantir que vous changerez de regard sur votre poubelle (et sur le festival de Cannes)…

« Mais alors, ne doit-on pas construire plus d’incinérateurs pour éliminer définitivement les décharges? »

La question n’est pas si simple. Construire des incinérateurs supplémentaires permettrait effectivement à court terme de gérer les excédents de déchets. Cependant, lorsque la mairie demande la construction d’un incinérateur à une entreprise spécialisée, elle conclut en même temps avec cette dernière un contrat par lequel la mairie s’engage à fournir à ce nouvel incinérateur une quantité minimum de déchets. Conclusion: tant que l’on construira des incinérateurs, les pouvoirs publics ne pourront pas engager une politique de réduction des déchets qui irait à l’encontre de leur engagement contractuel! De plus, le coût important de la construction d’un incinérateur pourrait plutôt être investi dans l’installation d’une centrale de traitement des biodéchets, créatrice d’emplois, d’énergie (biogaz) et d’argent (vente du compost aux agriculteurs régionaux). Lorsque les collectivités signent un gros chèque pour l’installation d’un incinérateur, leur budget est ensuite glacé pendant un certain temps et rien ne peut alors être consacré à la réduction des déchets à la source.

En France, les répercussions de notre production de déchets paraissent donc se résumer à des émissions importantes de gaz à effets de serre et à une pollution des sols.

arton3698-47bedToutefois, 10% de nos déchets électroniques partent, déguisés en dons humanitaires, alimenter de gigantesques décharges en Afrique, où des dizaines de milliers de personnes sont employées à décortiquer, récupérer ou brûler des composants souvent toxiques, dans des conditions dangereuses pour leur santé. Vous trouverez un reportage sur le sujet dans cet article de Bastamag. Outre les conditions de travail déplorables de ces personnes et le fait que nous salissions les continents des autres avec nos propres déchets, au vu de l’absence de réglementation sur la question dans ces pays on peut supposer qu’une partie de ces montagnes de déchets électroniques contribue peut-être à polluer les forêts et les océans.

 

D’autre part, même sur notre territoire de nombreux déchets échappent à la phase de traitement, et sont jetés dans la nature, tombant par hasard des mains, des poches ou des fenêtres de voitures, ou tout simplement s’envolent : chacun d’entre nous a déjà sûrement assisté ou participé à une chasse au sac plastique gonflé par le vent. Il y a de grandes chances pour qu’une partie de ces détritus terminent à la mer.

Outre le fait qu’il n’est jamais agréable de se baigner au milieu de détritus en tous genres pendant les grandes vacances, leur présence dans les milieux marins a de sérieuses répercussions sur les écosystèmes. Focus dans cet article du monde, ainsi que dans le film Trashed.

 

Bref, le déchet, c’est la plaie. Et par chance, il constitue l’élément environnemental clé sur lequel nous autres petits citoyens avons un grand pouvoir ! Pour exemple, j’ai calculé qu’à deux, grâce au compostage, nous évitions l’incinération de 330 kg de déchets par an. Sachant que nous ne produisons quasiment plus de déchets non compostables et non recyclables, ce chiffre est également à retirer du compteur. Pour le recyclable, nous avons encore une petite marge de manœuvre 🙂

Aux armes citoyens!

Le zéro déchet ne dépend pas entièrement des pouvoirs publics, c’est une démarche qui appartient pleinement à chacun, et qui permet à chacun de faire sa part pour la planète et donc pour lui-même ! Ce n’est pas un challenge vide de sens qui sert à occuper quelques chômeurs névrosés, mais une façon de vivre fondée sur le bon sens, qui recrée du lien entre nos actes quotidiens et la nature, dont nos corps et nos cœurs ont tant besoin pour bien vivre. C’est une manière active de mettre sa pierre à l’édifice et de s’affirmer clairement face à un fonctionnement que l’on n’approuve pas. Si je n’approuve pas, alors je ne participe pas. Comme le dit Bea Johnson, acheter des produits emballés c’est dire : « Oui, je veux pour mes enfants une planète recouverte de plastique et vidée de ses ressources naturelles, oui je veux des pays pauvres qui croulent sous des déchets qu’ils n’ont pas les moyens de traiter correctement, oui, je veux que les générations futures naissent dans un environnement qui n’est plus capable d’accueillir la vie ». Dire « non » à tout cela, c’est conquérir sa liberté, c’est prendre conscience du fait que l’on a le droit et le pouvoir de vivre en harmonie avec ses convictions et ses idéaux.

 

Le zéro déchet et le Seigneur des Anneaux

 

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Prenons le Seigneur des anneaux : face à la dernière bataille qui se prépare, effrayante, entre l’immense armée du Mordor et les hommes survivants, rassemblés à Minas Tirith, se livre chez ces derniers un conflit interne contre le désespoir. L’intendant du Gondor, persuadé que ce combat est sans espoir, ne prépare même pas les siens à cet affrontement, les laissant à la merci d’ennemis cruels et déterminés. Il préfère se replier sur ses préoccupations personnelles : le désir de conserver le pouvoir et la douleur d’avoir perdu son fils. Quant à Aragorn, Legolas, Gandalf et leurs compagnons, ils s’accrochent à leur idéal et finissent par vaincre l’armée de Sauron. Ils n’y croyaient plus mais se sont battus de toutes leurs forces, et contre toute attente ont remporté la victoire. Au fond, ce n’est pas l’espoir qui les a conduits à cette fin heureuse et qui les a maintenus sur le droit chemin, mais leurs valeurs de chevaliers qui ne se rendent qu’au dernier souffle.

Pour nous c’est la même chose : soit comme les chevaliers du Gondor nous vivons en cohérence avec nos convictions, soit nous n’agissons pas en fonction de ce que nous pensons, parce que nous estimons que cela est trop dur : nous entrons alors dans la peau de l’intendant du Gondor.

Bon, je sais que je pousse la métaphore un peu loin parce qu’après tout il s’agit quand même de poubelles, mais c’est pour vous faire comprendre que nous sommes libres de choisir la posture que nous adoptons face à ce que nous pensons. Nous sommes tous naturellement libres face à un choix à faire, mais je pense aussi qu’en fonction de ce que nous déciderons, soit nous gagnerons notre liberté, soit nous abdiquerons en acceptant nos chaînes. Et je pense qu’entre l’intendant et les chevaliers du Gondor, ceux qui ont posé le choix qui les rendait libres sont les chevaliers : ils ne se sont pas laissés emprisonner par les entraves de la difficulté, ils n’ont pas laissé les obstacles les détourner du chemin qu’ils s’étaient tracé. Cette notion de liberté appliquée à la question des déchets domestiques paraîtra peut-être un peu forte à certains, mais j’ai pris pleinement conscience de notre manque de liberté de choix en tant que consommateurs le jour où un fromager m’a presque insultée parce que je lui demandais de ne pas utiliser de papier pour me servir dans ma boîte… J’ai eu l’impression que si je voulais manger, j’étais contrainte de produire un déchet !

« Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu » Bertolt Brecht

Le but de ces réflexions n’est pas d’aboutir au jugement ou à la culpabilisation : que celui qui n’est entravé d’aucune chaîne jette la première pierre ! Mais je pense qu’il s’agit d’une ligne de questionnement intéressante au sein d’un monde où l’on nous fait croire que la liberté consiste à pouvoir faire tout ce que l’on veut quand on le veut. Pour moi, cette définition est l’antithèse de la liberté, que j’entends comme la force intérieure qui nous permet de surmonter nos désirs superficiels pour prendre les décisions qui nous mènent pour de vrai à la sérénité et à la joie.

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Bref faites attention, parce que le zéro déchet, au-delà de l’expression un peu accrocheuse, vous conduira à de nombreux questionnements sur le sens de votre vie et de vos choix quotidiens, sur votre loyauté envers vos valeurs, et sur votre place dans l’Humanité. Il vous donnera envie d’ouvrir les yeux sur pas mal des choses que vous achetez, portez, utilisez, mangez. Lorsque l’on y rentre, il est très difficile d’en sortir puisque l’on ne veut plus du monde que l’on quitte. Cela peut paraître un peu effrayant, mais pas d’inquiétude : la seule chose qui vous empêchera de revenir en arrière, c’est que vous n’en n’aurez pas envie !

 

Le zéro déchet, c’est avant tout une réflexion sur notre rôle de consommateur. En effet, c’est ce que nous achetons qui finit dans notre poubelle. Par conséquent, on pourrait croire que vivre zéro déchet engendre une fixette sur les courses, leur fait prendre une place démesurée dans notre vie. Pourtant c’est tout le contraire :

  • Se détacher de l’emballage, c’est se concentrer sur le produit que l’on achète, sur sa vraie utilité dans nos vies. Donc j’achète beaucoup moins, puisque je me demande toujours s’il y a un besoin réel derrière mon envie d’acheter, et lorsque c’est le cas je choisis un produit qui remplit plusieurs fonctions chez moi, qui est conçu pour durer, et donc qui ne m’obligera pas à venir le renouveler de sitôt. Par conséquent, je passe beaucoup moins de temps dans les magasins et je me recentre sur mes besoins réels plutôt que sur l’acte d’achat en lui-même.
  • Se détacher de l’emballage, c’est aussi s’affranchir des grandes marques pour se recentrer sur les relations humaines en chair et on os: contrainte de me rendre chez le traiteur, le fromager, le boucher et le poissonnier, je connais maintenant ces personnes que j’ai plaisir à rencontrer une fois par semaine, et je repars des courses avec le sourire. Je ne suis plus un consommateur lambda qui se bouscule avec d’autres consommateurs lambda pour remplir leurs caddies calibrés avec des produits anonymes, mais une cliente que l’on reconnaît et à qui l’on sourit. Mes courses se décomposent entre le marché, les artisans de proximité et les épiceries qui vendent ce dont j’ai besoin en vrac. Tous leurs visages me sont familiers, et mes courses, ponctuées de salutations et de plaisanteries, sont beaucoup moins pénibles qu’avant !
  • Parce qu’il exige une bonne organisation, le zéro déchet implique de préparer ses menus de la semaine et une liste en conséquence, qui me permet de ne faire les courses qu’une seule fois par semaine : en deux heures c’est réglé, et je peux passer toute la semaine sans avoir besoin d’entrer dans un magasin ! Le petit plus de ce système de menus, outre le gain de temps et d’énergie, c’est que nous mangeons super varié !

D’ailleurs, Bea Johnson insiste beaucoup dans son livre sur cette libération qu’occasionne le zéro déchet: à nouveau maîtres de notre mode de consommation, nous réussissons à ménager beaucoup plus de place pour des instants gratuits: promenades, lecture, activités diverses, moments en famille ou entre amis…

 

Très bien, très bien, me direz-vous, mais ça a tout l’air d’une véritable conversion cette histoire-là ! Faut-il s’inscrire dans une secte, ou quelque chose comme ça ?

Loin de là, car chacune des personnes que j’ai rencontrées et qui suivent ce mode de vie ont une approche personnelle particulière du zéro déchet, y sont entrées par des portes différentes : le désir de simplifier sa vie en allégeant son intérieur, la cuisine et la santé, le besoin de retrouver l’essentiel, la prise de conscience face à l’impact du plastique sur notre environnement… A vous de cerner votre motivation principale, et de commencer à réduire vos déchets dans ce domaine ! Pour ma part, avant de m’intéresser à la démarche dans sa globalité, j’ai consommé en vrac parce que je ne voulais que des produits bruts, simples, pour une cuisine naturelle et saine. C’est ensuite que le livre « L’art de la simplicité » a élargi ma réflexion au reste de la maison, et que ces changements ont à leur tour entraîné une réflexion plus poussée. Cela s’est fait sur plusieurs années, mais à partir du moment où j’ai décidé d’en finir avec la poubelle grise, il m’a fallu trois mois pour réduire à trois fois rien son contenu.Vous pouvez lire le témoignage de Lauren de Trash is for tossers, sur cette page.

Pas de découragement donc, il s’agit d’un cheminement et d’une prise de conscience progressive, qui demande bien évidemment des efforts de mise en route, l’humilité d’accepter que l’on ne pourra pas tout changer en quelques jours, et des brainstormings pour trouver un fonctionnement adapté à notre foyer. On finit par y arriver, et une fois que c’est en place, ça roule !

La chance que vous avez aujourd’hui, c’est que de nombreux blogs ont vu le jour sur le sujet, de nombreuses familles ont déjà galéré pour aboutir à des solutions, trucs et astuces qui vous seront vraiment utiles !

Je citerai Zero waste Home, le blog de Bea Johnson qui a écrit un ouvrage très complet intitulé « Zéro déchet », La famille zéro déchet, qui a d’ailleurs publié récemment un super guide pour se lancer avec joie et bonne humeur dans cette aventure, trash is for tossers, Echos verts, Tiff in Lyon, small et beautiful, clémentine la mandarine, sakaïdé, sortir les poubelles, no trash, no trash project, une vie sans gâchis et bien d’autres encore 🙂

Si vous êtes venus à bout de cet article monstrueux et que vous en avez encore la force, n’hésitez pas à partager votre point de vue et vos impressions sur cette vaste question !

1 Comment

  • Reply Tiff in Lyon 24 mars 2016 at 10 h 37 min

    Tous chevaliers du Gondor, haha, tu m’as fait rire. Bien joué !

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