Désintox, Les étapes vers le zéro déchet

Je n’ai pas le temps!

Je n'ai pas le temps

Le temps est une question que j’ai déjà partiellement abordée dans pas mal de mes articles, mais je me suis rendu compte ces derniers temps à quel point elle méritait qu’on lui consacre un billet entier. En effet, ce que j’entends le plus souvent lorsque la question de l’écologie et celle de la réduction des déchets viennent sur le tapis, c’est « Oui, c’est très bien, il faut changer les choses mais moi je n’ai pas le temps ». Je vous propose donc aujourd’hui d’en finir avec le manque de temps.

Cela nous paraît très compliqué, mais en fait c’est très simple. Personne n’a moins de temps que quelqu’un d’autre, car le temps est le bien que nous recevons tous en égale quantité. Eh oui! Irréductiblement, nous sommes tous égaux face au temps! Nous avons tous, sans exception, 24h dans nos journées, ni plus ni moins! Alors pourquoi certains ont-il le temps de changer leur mode de vie, et d’autres non?

Parce que certains PRENNENT le temps, d’autres non. Voilà, voilà. On ne peut pas dire « je n’ai pas le temps », la seule chose que l’on peut dire, c’est « je ne prends pas le temps ».

Je vois venir les grandes protestations: « eh mais oh, moi j’ai plein d’enfants, moi j’ai beaucoup de travail, moi j’ai trop de copines, moi j’ai des problèmes de santé…. ». Stop, on a tous des contraintes dans nos vies, plus ou moins grandes et graves, certes, mais on en a tous. La difficulté, c’est d’être honnête vis-à-vis de soi-même: mes contraintes sont-elles vraiment si graves qu’elles m’empêchent de me consacrer à quoi que ce soit d’autre, et en particulier à organiser ma propre survie?

Je voudrais dès maintenant apporter une précision de taille: beaucoup de personnes se font une montagne du changement de mode de vie. Alors qu’en fait, le seul moment qui va nous demander du temps est celui de la transition, comme je l’explique dans mon article « Débuter dans le zéro déchet, step 1 ». Après, au contraire, vous allez en gagner du temps! C’est un investissement qui vaut le coup non? D’ailleurs la majeure partie des gens qui se sont convertis au zéro déchet, à la décroissance etc (et ils sont plus nombreux qu’on le pense) l’ont fait dans une période de congé parental, de chômage, de transition professionnelle… Parce que le fait d’avoir un peu plus de temps leur a donné aussi le loisir de se poser des questions, de prendre du recul sur le sens de leur vie. On est d’accord, il faut sortir du TGV quotidien pour pouvoir laisser à notre cerveau et à notre cœur la possibilité de se poser des questions. Mais ce temps, si on ne nous le donne pas il faut le PRENDRE.

Pourquoi la plupart d’entre nous ne prend-il pas le temps de se consacrer à changer sa façon de vivre? Je pense qu’il y a deux raisons majeures, intrinsèquement liées:

– la première, c’est que la grande majorité de la population, enfermée dans une routine bien huilée et entretenue par un système qui ne veut pas que l’on puisse se poser des questions, ne se rend pas compte de l’urgence dramatique de l’actualité écologique. Si vous êtes sur une plage et que l’on vous dit: « eh!! regarde le tsunami derrière toi!! », on est d’accord que vous allez laisser tomber ce que vous étiez en train de faire, qui paraît soudain moins important, et que vous allez courir pour sauver votre peau?

– par conséquent, la deuxième raison, c’est que l’écologie, au fond, ne fait pas partie des priorités de tout le monde. Réfléchissez bien: lorsque vous avez des priorités dans la vie, vous vous organisez en fonction d’elles, non? Si malgré votre emploi du temps chargé vous trouvez le temps de partir en week-end ou faire du sport, ou de sortir entre amis, c’est bien que vous prenez le temps d’intégrer vos priorités à vos semaines. Donc, si l’écologie faisait vraiment partie des priorités des gens, ils prendraient le temps de se consacrer à changer leurs habitudes.

On résume: pour sauver nos peaux, il faut changer nos modes de vie. Pour changer nos modes de vie, il faut prendre le temps de le faire. Pour prendre le temps de le faire, il faut que cela fasse partie de nos priorités. Pour que cela fasse partie de nos priorités, il faut que nous ayons conscience du fait que c’est de la plus haute importance. Pour que nous ayons conscience du fait que c’est de la plus haute importance, il faut que nous soyons informés de la réalité.

Ok, nouveau problème, nous NE SOMMES PAS INFORMÉS. Eh oui, les amis, je vais tomber dans l’insipide lieu commun du pseudo-parano, mais on nous cache des choses. Oui, oui, parfaitement! Elles ne sont pas vraiment cachées puisqu’il suffit de chercher un peu pour découvrir des trucs totalement incroyables et changer complètement sa vision du monde actuel, mais tout est fait pour que nous n’ayons pas envie de chercher, fût-ce même un peu. Tout est fait pour que nous ayons des milliards d’envies, qui nous détournent des vraies questions. Eh oui, deuxième grande banalité du paragraphe: vive la société de consommation. Le modèle de consommation dans lequel nous vivons ne va pas sans sa meilleure copine, la culture de l’ignorance. Parce que si nous connaissions pour de vrai le quart des implications et conséquences de nos actes d’achat, eh bien nous arrêterions d’acheter, et du coup nous aurions plein de temps pour changer nos vies (oui parce qu’acheter, ça coûte énormément de temps, la preuve ici)!!

C’est pourquoi de nombreuses personnes, dont je fais partie, essaient de se bouger pour rendre plus accessibles ces informations très peu commercialement correctes. Le problème, c’est que notre job est souvent d’annoncer de mauvaises nouvelles, et que les rabat-joie, on en a vite assez. Mais la réalité n’est catastrophique que si nous ne la changeons pas! Les personnes qui vous informent de tout ce qui va mal ne le font que dans le but que les choses aillent mieux! Alors écoutez-les, et soutenez-les, car croyez-moi, ce n’est pas toujours fun de passer son temps libre à farfouiller pour le reste de la population dans le tas de trucs glauques sur lequel nous sommes tous assis.

Il serait faux de penser que consacrer du temps à une transition vers un mode de vie d’avenir, c’est sacrifier d’autres choses importantes dans nos vies. En fait, si vous m’avez bien suivie, prendre ce temps est le meilleur moyen de préserver votre existence et tout ce qui compte pour vous dans cette existence. Changer de mode de vie, ce n’est pas baisser son niveau de vie, mais c’est au contraire placer ce dernier sur un socle solide. Ce qui compte pour vous, c’est d’avoir une maison propre, avec tout ce dont vous avez vraiment besoin dedans, une famille en bonne santé, et de beaux moments, ou c’est de pouvoir vous payer des tas de produits ménagers de marque bien polluants, des tonnes de gadgets dans vos placards, des médicaments et des billets d’avion? Croyez moi, la consommation est loin d’être le bon socle sur lequel faire reposer son niveau de vie, car alors on se rend dépendant de très nombreux facteurs sur lesquels on n’a aucun pouvoir. C’est comme les amis: il y a ceux sur lesquels on peut compter et les autres. Auxquels donnez-vous la priorité? Pour notre mode de vie, cela devrait être pareil: fonder nos habitudes sur des valeurs fiables.

Si je regarde la question de l’eau potable, de plus en plus sensible dans le monde entier, je me rends compte que ce qui est vraiment important à mes yeux, c’est de pouvoir boire et d’avoir accès à l’eau courante. Donc, je pourrais très bien me montrer plus attentive à mes gestes quotidiens en rapport avec la consommation d’eau sans que cela diminue ma qualité de vie, puisque celle-ci dépend uniquement à mes yeux de la possibilité de boire et d’avoir accès à l’eau courante. Renoncer à laisser couler le robinet pour rien pendant que je fais la vaisselle ou me brosse les dents ne portera en rien atteinte à mon confort, ce n’est qu’une habitude à prendre. De même, je ne serais absolument pas gênée que l’eau de mes toilettes et de ma douche ne soit pas potable, du moment que cela me permet de continuer de boire de la bonne eau dès que j’en ai besoin. Bref vous avez compris le principe, il nous faut tous apprendre à discerner quels sont nos vrais besoins pour mener une existence de qualité, et à quelles habitudes nocives nous pourrions renoncer sans en être affectés. En c’est ce renoncement même qui nous donne le pouvoir de préserver notre confort durablement.

Comme le dit Lao Tseu dans une de mes citations préférées, la vraie richesse, c’est d’être capable de se contenter de ce que l’on a. Voici le vrai pouvoir que vous avez: celui de vous transformer intérieurement, de transformer le regard que vous portez sur les choses et sur le sens de votre vie. La qualité de notre niveau de vie dépend de l’idée que l’on s’en fait. Voyez sur ce sujet mes articles « Epicure et le zéro déchet« , et « Plus riche en travaillant moins« . L’idée globale, c’est qu’en termes de bonheur et de confort, seul le résultat compte, et pour atteindre ce résultat, on se trompe parfois de chemin, et c’est là qu’on perd du temps, celui même qu’on aurait pu prendre pour y mettre nos priorités. Je reformule: intoxiqués par les publicités, nous avons tendance à avoir une vision du niveau de vie fondée sur les moyens plutôt que sur le résultat. J’insiste, allez vraiment lire mon article sur la richesse et le travail, il est crucial dans cette réflexion!

Le temps, c’est de l’argent ET du changement, alors arrêtons de le gaspiller! Aujourd’hui, le temps est aussi notre allié le plus précieux dans cette course contre la montre que représente le bouleversement écologique profond en marche contre notre espèce. Alors réorganisons nos priorités de sorte à laisser de la place à un vrai changement de mode de vie, et cessons de nous retrancher derrière l’illusion du manque de temps.

 

3 Comments

  • Reply marion 24 mai 2016 at 14 h 46 min

    Merci pour cet article qui résume très bien ma façon de penser ! 🙂

    • Reply abracada-vrac 24 mai 2016 at 15 h 08 min

      Contente de savoir que cela peut résonner chez d’autres 😉

  • Reply prettyarty 2 juin 2016 at 12 h 45 min

    j’adore cet article! je continue a parcourir ton blog!

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