Les étapes vers le zéro déchet

Le compost: tout ce qu’il faut savoir!

comment composter ses déchets

Il y a déjà un certain temps, dans mon article « Comment composter ses déchets », qui explique comment trouver des solutions pour se mettre au compost, je vous avais promis un billet un peu plus technique sur la question. Voici donc tout ce qu’en bons écolos, vous devez savoir sur le compost!

J’ai recueilli ces précieuses explications lors d’une formation reçue chez les Compostiers.

Pour définir rapidement ce qu’est le compost, il s’agit d’un processus naturel de décomposition de la matière, qui met en jeu des êtres vivants (bactéries, vers de terre et insectes) ainsi qu’un contrôle humain, et qui produit une matière riche en nutriments organiques pour le sol.

Pour comprendre simplement le compost, il faut se mettre en tête une image parlante: celle de la forêt, où l’humus, sol très riche, se forme avec le temps à partir de feuilles et d’animaux morts. Quand vous vous posez des questions un peu spécifiques, revenir à cette image peut souvent aider par comparaison, à y trouver des réponses. Toutefois, le compost issu de l’activité humaine intègre des spécificités qui compliquent le processus: ces spécificités sont d’une part la concentration des quantités apportées d’un coup (alors que dans la forêt cela se fait très progressivement), et la fraîcheur/humidité des végétaux (dans la forêt, les feuilles qui tombent son sèches). On verra également que le fait de composter en ville génère quelques contraintes supplémentaires.

Je me permets d’introduire ce propos en vous présentant d’abord les enjeux que représente la matière organique, en termes environnementaux:

On a déjà parlé là de l’intérêt que représente le compost pour une gestion écologique des déchets. Ici, je vais me concentrer sur la question des sols. Le compost, en tant que matière organique de façon plus générale, aide les sols à mieux absorber l’eau et optimise leur composition chimique.

Tout d’abord, un sol a besoin d’être aéré et harmonieux pour bien absorber et retenir l’eau qu’il reçoit. On parle énormément de sécheresse, de réduction des précipitations sur les dernières décennies. Mais en fait, même si cette réalité est avérée, sur le court terme la vraie cause du problème de l’irrigation est l‘incapacité des sols à absorber ces précipitations. Même si ces dernières diminuent, elles seraient encore aujourd’hui suffisante pour alimenter correctement un sol sain, apte à les recevoir. Pour vous donner un ordre d’idée, dans le Sud de la France, des terres qui il y a quelques décennies pouvaient absorber 1 mètre d’eau en automne sont aujourd’hui capables d’en absorber seulement 10 cm… Les terres agricoles, de plus en plus compactées à cause du recours aux tracteurs et à l’absence d’ajouts de matière organique, sont donc érodées plutôt qu’alimentées lorsqu’il pleut. Et la déforestation dans le monde contribue à supprimer inexorablement les zones bénéficiant d’un apport en matière organique.

En effet, un sol sain est composé à la fois de matière organique et de matière minérale (dont l’azote). Le compost, matière organique, n’est pas suffisant pour faire pousser des plantes. On peut même faire pousser des cultures sans matière organique, c’est ce que fait aujourd’hui notre agriculture intensive: les sols, totalement vidés de leur matière organique par des années de cultures, ne servent que de support, dans lequel sont injectés des engrais et autres produits minéraux pour nourrir les cultures. Ce procédé est encore plus frappant dans les cultures hors sol, où la plante n’est pas du tout dans la terre, ses racines pendent jusqu’à une rigole où circule un liquide contenant des minéraux. Si cela marche comme ça, très bien me direz-vous! Effectivement, dans une vision productiviste à court terme c’est très bien. Malheureusement, des sols uniquement minéraux sont des sols morts. Et comme vous vous en doutez, de la mort ne peut jaillir la vie. L’idée de manger des fruits et légumes qui ont poussé sur un sol mort ne vous déprime pas, vous? Parce que moi si! Je ne suis pas chercheuse ni chimiste, mais j’ai du mal à croire qu’un aliment sous perfusion d’azote soit aussi bénéfique pour ma santé qu’un autre qui a poussé dans une vraie terre, celle où il y a aussi de vers de terre, des bactéries et des insectes. Et d’autre part, les engrais ça coûte de l’argent, des ressources naturelles et de l’énergie, donc on ne peut pas considérer le fait d’alimenter des sols morts en engrais comme une solution d’avenir. Au contraire, c’est un cercle vicieux dont il nous faut sortir: sur un sol mort, des tas de problèmes surgissent dans les cultures. Pour les résoudre, on rajoute des produits chimiques, qui accentuent la mauvaise santé du sol, qui engendre d’autres problèmes dans les cultures, etc. Sans compter la pollution des nappes phréatiques à l’azote, extrêmement problématique.

Le sol abrite 80% de la biomasse vivante de la Terre. Géologiquement, la grande majorité des sols français sont aujourd’hui considérés comme morts. Nous, les être humains, faisons partie de l’écosystème naturel, envers et contre tout. Tuer notre sol, c’est scier la branche sur laquelle nous sommes assis.

Et ce n’est pas tout: le sol contient des quantités phénoménales de carbone, issues des échanges chimiques qu’il effectue avec les plantes. Pour faire court, la matière organique retient le carbone, et lorsqu’elle disparaît au profit d’un environnement minéral, le carbone est libéré dans l’air. Le phénomène actuel de libération de carbone dans l’atmosphère par les sols cultivés en agriculture intensive représente l’une des sources d’émission de CO2 les plus importantes au monde. Il est donc urgent de réintroduire de la matière organique sur nos terres agricoles. Pour mieux comprendre cette question, vous pouvez lire ce rapport de la commission européenne.

Tout n’est pas perdu, la nature a un pouvoir de résilience hors du commun, par contre il nous faut réagir avant que le seuil de non retour ne soit dépassé. Il faut 5 ans à un sol mort pour être revitalisé, en réinsérant de la matière organique et à l’aide de techniques de rotation naturelles qui permettent que l’apport nécessaire en azote se fasse par des plantes bien choisies, et non par l’ajout d’intrants. Mais quand tout sera mort, on ne reviendra plus en arrière…

Si les villes étaient capables, par une belle mobilisation citoyenne, de produire un compost véritablement qualitatif, il serait possible de revitaliser les régions agricoles françaises. Le problème aujourd’hui, comme je l’explique dans ici, c’est que nous ne sommes pas assez rigoureux pour que les villes puissent se permettre de fournir les agriculteurs avec le compost que nous produisons, qui ne peut donc pour l’instant être revalorisé que dans un cadre privé ou associatif. C’est pourquoi le changement peut venir d’en bas, à travers chacun de nos engagements personnels, domestiques, quotidiens. Ce n’est pas une question de choix et de sensibilité personnelle, mais une question de survie.

Voilà pour la (grande) parenthèse contextuelle! Voici maintenant le détail des aspects pratiques:

QUE METTRE/ NE PAS METTRE DANS LE COMPOST?

  • Les produits carnés et laitiers

En théorie, absolument tout ce qui est biodégradable est compostable. En milieu urbain, la proximité avec les habitations pose problème. La première raison, qui est sujette à débat dans le milieu des experts en compost, serait que certaines bactéries en jeu dans la dégradation de matière animale présenteraient potentiellement un risque sanitaire. Sachant qu’un compost, du fait de la chaleur produite par la décomposition, peut monter jusqu’à 60°C, température de pasteurisation, ce danger n’est pas avéré. La vraie raison, qui fait l’unanimité, est que ces produits mettent plus de temps que les épluchures à se décomposer, et attirent les rats, ce qui peut être vite dérangeant pour le voisinage.

  • Le pain

Le pain est également proscrit dans la mesure où il prend trop de place, demande trop de travail à broyer, et absorberait l’humidité du compost, qui est importante pour favoriser une décomposition optimale. Bon, dans les faits, on jette rarement un pain entier, mais des petites miettes ou au pire une tranche que l’on a émiettée, et dans ce cas ce n’est pas une catastrophe pour le bien-être du compost.

  • Les noyaux et coques

Le compost n’est pas assez puissant pour les décomposer, on les retrouve telles quelles à la fin du processus de dégradation. Mais on peut quand même les mettre en veillant à casser au moins les coques en petits morceaux, parce qu’ils n’ont pas d’effet négatif sur la décomposition en elle-même. Au contraire, ils permettent d’aérer la matière.

  • Les plats en sauce

Encore une fois, tout ce qui est biodégradable est compostable. Le problème, c’est qu’ils attirent les rats. De plus, si les aliments concernés ont été cuits dans de l’huile, cela ralentira le compostage puisque la graisse conserve les aliments. Si vous avez un tout petit truc sur le bord de l’assiette ça passe, mais n’allez pas jeter tout un plat dans votre pot à compost! Et si vous habitez à la campagne, faites comme vous voulez 🙂 Aah la campagne!

  • Les agrumes

On pose souvent la question de l’incidence de l’acidité des agrumes sur le compostage. Dans le processus de décomposition, il y a une acidification naturelle, donc l’acidité en elle-même ne pose pas de problème. Le tout est de rester dans une consommation « moyenne ». Si vous jetez dans le compost dix kilos d’agrumes toutes les semaines, ça risque de déséquilibrer le mélange, mais bon il faut y aller quoi! Quant à l’écorce (tout comme la peau de banane d’ailleurs), elle met du temps à se décomposer et pour accélérer la dégradation il peut être bienvenu de la découper en petits morceaux.

  • Les pesticides

Si on donnait notre compost à des agriculteurs bio, il faudrait qu’il soit 100% bio. Mais avec l’usage que l’on en fait pour l’instant, cela n’est pas indispensable. Toutefois, j’en profite pour vous encourager fortement à vous tourner vers de bon vers une alimentation la plus bio et locale possible, parce que si vous faites votre compost c’est que vous avez à cœur votre avenir sur Terre, et si vous avez à cœur votre avenir sur Terre alors vous abandonnez tout ce qui peut ressembler à une agriculture mortifère. Et comme ça on pourra donner notre compost aux paysans bio et locaux qui nous ont vendu leurs bons légumes, précisément ceux qui ont fini en compost! (eh oui, c’est ça la circularité). Quoi qu’il en soit, il vaut mieux pour l’environnement qu’un aliment traité soit composté plutôt qu’incinéré. En outre, on observe une très nette diminution de la dose de produits chimiques à la fin du processus de compostage. Enfin, pour être plus exacte, la molécule chimique originelle a été démembrée, après on ne sait pas si les molécules ainsi produits sont toxiques…

  • Le papier

Il vaut mieux le mettre au recyclage. Si vraiment votre vie en dépend, ne mettez que du papier type carton, ou papier recyclé, qui ne brille pas et qui n’a pas d’encre (oui, ça fait beaucoup de conditions, surtout si votre vie est en danger). Par exemple, vous pouvez mettre les filtres à café en papier, ou les mouchoirs usagés déchirés en petits bouts (mais bon pas la peine, puisque vous avez désormais des mouchoirs en tissu^^).

  • Les coquilles d’œufs

Les coquilles d’œufs sont exclusivement composées de matière minérale. Elles ne se décomposeront donc pas. Par contre, elles minéralisent le compost, ce qui est plutôt positif. Il faut les jeter bien écrasées en touts petits morceaux.

  • Thé et marc de café

Oui on peut les mettre au compost!

  • La pelouse

Le mieux est de la laisser sécher sur place après avoir tondu. Puis de la ramasser pour l’utiliser en jardinage pour du paillage.

  • Les branches

Il vaut mieux les broyer et les laisser sécher pour obtenir du broyat (voir quelques lignes en dessous l’utilité cruciale du broyat), ou pour pailler les platebandes.

Pour résumer, on peut mettre au compost tous les déchets de tous les fruits et légumes. Ce qu’il faut, c’est que les apports soient au maximum équilibrés: chaque chose apportée en grande quantité modifie l’équilibre du compost. Par exemple, si l’on apporte des kilos de pommes fermentées, gorgées de sucre, l’alcoolisation issue de ce sucre va tuer les bactéries utiles à la décomposition.

QU’EST-CE QU’UN COMPOST EN BONNE SANTÉ ?

Un compost en bonne santé est un compost qui garde un bon équilibre hydrométrique. Schématiquement, pour l’entretenir il faut apporter à la fois des matières humides et des matières sèches. Si l’on n’apporte que de la matière humide (globalement, toutes les épluchures que nous mettons dans notre seau à compost), la matière va se tasser, manquer d’oxygène et macérer, en produisant des écoulements et des mauvaises odeurs dues à la production excessive de méthane. L’odeur est un bon indicateur d’un compost en mauvaise santé.

C’est pour cette raison qu’il faut autant que possible stocker son seau à compost à l’air libre, sans couvercle, si possible dehors sur un rebord de fenêtre ou sur un balcon, pour qu’il s’oxygène. L’idéal est aussi d’avoir chez soi une petite réserve de matière sèche qui permet d’équilibrer l’humidité et d’aérer la matière fraîche.

La matière sèche la plus utilisée en compostage est le broyat de bois, qu’il faut rajouter à chaque ajout de matière humide et avec laquelle il faut bien l’entremêler pour ne pas créer d’effet « lasagne » entre des couches humides et des couches sèches. Le bois pourri est une composante essentielle de l’humus des forêts.

COMMENT UTILISER LE COMPOST UNE FOIS MÛR?

Pour des semis, on peut l’utiliser tel quel.

Une fois que l’on a obtenu des pousses, il faut les planter dans du terreau, qui peut être obtenu en mélangeant de la terre, du compost (environ 1/3 du mélange) et du sable (et éventuellement de la chaux domestique pour l’apport en calcium).

En forêt, l’humus ne se trouve jamais à nu. Les bactéries photosensibles qu’il contient sont protégées sous une litière de matière végétale. En jardinage, pour reproduire ces conditions il faut donc pailler le compost que l’on a étalé.

Pour les proportions, on peut utiliser 5kg de compost par mètre carré de terre.

ET LES VERS DE TERRE DANS TOUT CELA ?

La technique de compostage que je vous ai présentée ne concerne pas le lombricompostage, même si ce compost attire naturellement les vers. Je ne connais pas encore les spécificités du lombricompostage, qui impose il me semble plus de restrictions sur les aliments à jeter, pour préserver la santé des vers. Il faudrait approfondir la question. Toutefois, pour l’instant la majorité des composts collectifs ne fonctionnent pas en lombricompostage.

Si les vers vous passionnent, je peux déjà vous dire qu’il existe deux catégories de vers dans la nature:

les vers digesteurs, les petits vers rouges fins qui évoluent dans les premiers cm du sol. Ils dégradent la matière organique.

les vers laboureurs, qui mangent la matière organique dégradée par les vers digesteurs, et la mélangent en digérant, pour créer un complexe argilo-humique. En fait, ces vers ont une réserve de calcium dans une glande appelée la glande de Morren, et ces molécules de calcium permettent de relier des molécules d’humus avec des molécules d’argile.

Les vers de terre servent à faire remonter les minéraux en surface pour éviter que ceux-ci ne partent dans les nappes phréatiques, que les sols ne se « lessivent ». Ils ont donc une importance décisive pour la qualité nutritionnelle des sols agricoles. C’est une vie invisible, mais un univers entier: à eux seuls, les vers de terre pèsent plus lourd que le reste du règne animal terrestre!! Darwin avait bien cerné leur importance, puisqu’il leur a consacré le premier de ses ouvrages. Or, à cause du labour et des produits chimiques, les vers de terre disparaissent à une vitesse phénoménale. En Europe, on est passé d’une moyenne de 2 tonnes de vers à l’hectare en 1950 à moins de 100kg en 2010… Sauvons les vers de terre!

Bon, j’ai l’impression que je vous ai fait plus un laïus sur la nécessité de convertir toutes nos terres agricoles en permaculture qu’un topo sur le compost, mais bon le compost c’est de la matière organique, et la matière organique, comme vous l’avez compris, est un élément très important dans le préservation d’un milieu porteur de vie! Tout est lié quoi 🙂

Alors, commencez par composter, et puis ensuite allez acheter un terrain agricole pour y planter votre ferme!! Moi en tous cas, c’est ce que je compte faire, et vous aurez droit au tome 2 d’Abracada’Vrac, version Jeanne à la ferme 😉

 

 

2 Comments

  • Reply Noémie 24 mai 2016 at 22 h 26 min

    Jeanne à la ferme, j’ai hâte de voir !!
    Moi j’ai un composteur Bokashi depuis peu, je crois que je n’ai pas encore cerné la bête, ça décompose pas bien et ça sent vraiment mauvais quand je l’ouvre…
    (juste une petite correction qui m’a fait sourire : c’est des filtres à café et des philtres d’amour ^^)

    • Reply abracada-vrac 25 mai 2016 at 8 h 10 min

      Ah oui j’en ai entendu parler! Tu me diras si tu t’en sors^^ haha merci tu m’apprends quelque chose, je vais faire la correction 🙂

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